Commission Développement Durable du mercredi 3 octobre 2012

Audition de M. Yann-Hervé de Roeck, directeur général de France énergies marines

Jacques Kossowski : « En février dernier, une étude du cabinet Xerfi, intitulée Vers une filière française de l’éolien sur mer, a révélé l’existence de plusieurs freins importants susceptibles de retarder la maturation des projets de ce secteur.

Premièrement, le coût des parcs est élevé : il devrait être encore de 183 euros par mégawattheure en 2016, soit deux fois et demi celui de l’éolien terrestre et deux fois celui du nucléaire. Deuxièmement, alors que notre pays connaît une grave crise économique, l’accès aux financements par les opérateurs se trouve perturbé. Troisièmement, des recours ralentissent certains projets malgré la concertation préalable. Enfin, les acteurs devront relever les défis de la formation et de la logistique pour assurer la construction, l’exploitation et la maintenance des parcs.

Dans ce contexte, je souhaiterais savoir comment les acteurs concernés perçoivent l’avenir de l’éolien en mer. À court et à long terme, ces projets auront-ils un impact sur les emplois dans notre pays ? »

Yann-Hervé de Roeck, directeur général de France énergies marines : S’agissant de l’éolien en mer, les chiffres de 280 euros le mégawattheure sont les bons. Mais comme pour l’éolien terrestre, ils sont amenés à baisser. Nous n’en sommes qu’à la première implantation en France d’éoliennes en mer. À titre de comparaison, la première éolienne marine a été implantée il y a vingt-deux ans au Danemark, époque où la première machine terrestre a été installée en France. Il y a donc des marges.

Mais surtout, l’intérêt de l’éolien en mer est qu’il permet d’installer des éoliennes de très forte puissance : loin des côtes, on peut envisager 8 à 10 mégawatts par machine avec des envergures spectaculaires soulevant peu de conflits d’usage. En outre, l’économie d’échelle réalisée permettra de faire baisser les coûts.

La maintenance en mer génère des emplois. Toutefois, comme l’a fait remarquer M. Kossowski, les réglementations marine et terrestre s’ajoutent, sans oublier celles liées au milieu marin. Il y a des efforts à faire ; je pense au déploiement du réseau par RTE.

Les Français et les Portugais sont aussi très portés sur l’éolien flottant. C’est aussi le cas des Norvégiens, qui ont fabriqué le premier prototype : il fonctionne sur leur réseau depuis deux ans et nous avons participé techniquement à sa mise en place. L’éolien flottant – davantage d’ailleurs que l’éolien en mer posé – a donc un potentiel, et il faudrait sans doute passer des accords, tant du côté atlantique que du côté méditerranéen. Je pense aux projets d’éolien flottant en Catalogne et au projet Vertiwind d’éoliennes à axe vertical, particulièrement adaptées à la Méditerranée où le fond descend assez vite.

 

S’agissant de la construction de navires pour la maintenance et l’installation, il existe effectivement un très gros marché. Les groupes français sont déjà à l’affût des développements prévus, en particulier au Royaume-Uni, pour l’installation et la maintenance de plus d’une dizaine de gigawatts – c’est-à-dire deux fois plus ambitieux que le projet français sur l’éolien en mer posé.

Les énergies marines, tout comme l’industrie navale, constituent une chance pour nos ports. Ceux-ci se sont rapidement mis en concurrence, alors que cela n’a pas lieu d’être : ne serait-ce qu’avec le projet des 3 gigawatts pour l’éolien en mer posé, il y a largement de quoi occuper l’ensemble des grands ports de la façade atlantique. Je remarque également que la France a un avantage par rapport au Royaume-Uni : ses systèmes portuaires sont publics et ont des capacités d’expansion supérieures.

S’agissant de la construction des réseaux câblés, elle représente un potentiel économique très important.

Avons-nous pris du retard ? D’autres pays que la France ont mis en place des sites d’essais. Les plus avancés sont très clairement les Britanniques, avec l’EMEC – l’European Marine Energy Center. Néanmoins celui-ci est situé dans les îles Orcades, où les conditions océaniques et météorologiques sont assez rudes. Il est clairement opportun de développer d’autres sites d’essais, notamment en France, ne serait-ce que parce qu’ils favorisent l’implantation des PME à leur proximité. Quant aux zones pilotes, elles sont bien plus nombreuses que les cinq ou six sites d’essais. Il y en a déjà plus d’une dizaine en France, en comptabilisant les zones pour le houlomoteur et l’hydrolien de petite capacité.

Les coûts des énergies marines sont les plus élevés de ceux que l’on a évoqués aujourd’hui. La recherche et l’innovation sont donc une nécessité. Sur les dix IEED (instituts d’excellence en matière d’énergies décarbonées) existants, trois sont dédiés aux énergies renouvelables dont un aux énergies marines. S’y sont associés, dans le cadre du partenariat public-privé, des établissements de recherche et de formation – l’IFREMER, l’IFP Énergies nouvelles, le CEAEA – EA pour énergies alternatives – pour les questions de stockage de l’énergie, le CNRS ; des écoles – Centrale Nantes, ENST Bretagne, etc. – et des universités telle celle de Bretagne occidentale. Il y a là tout un potentiel prêt à travailler dans une unité public-privé parce que c’est le meilleur moyen d’avancer très rapidement.