Commission Développement Durable du mercredi 10 octobre 2012

Table-ronde sur le thème « Quelle énergie pour demain ? »

M. Jacques Kossowski. « En matière de maîtrise de la consommation d’énergie, le secteur des transports – à l’origine dans notre pays d’environ 32 % de la consommation finale – constitue une priorité.

Le développement des biocarburants doit permettre de diversifier les sources d’énergie utilisables dans ce secteur et faire fortement baisser la part du pétrole. Actuellement, nous disposons d’une première génération de biocarburants, dont le bioéthanol qui a l’avantage de présenter un bilan d’émissions de CO2 proche de zéro.

Des recherches sont en cours afin de produire des biocarburants de deuxième génération à partir de composants non destinés à l’alimentation, comme la paille, le bois et les déchets forestiers. Utiliser des déchets végétaux évite le recours à une agriculture intensive qui épuise les nappes phréatiques et pollue les eaux avec des engrais et des pesticides.

Quand cette nouvelle génération de biocarburants sera-t-elle prête et opérationnelle ?

A-t-on une idée du potentiel d’économies de consommation de pétrole dans le secteur des transports qu’ils entraîneront ? Une production de masse est-elle envisageable, et à quel horizon ? »

M. Olivier Appert, Président de l’IFP Energies Nouvelles. « Pour bien mesurer l’enjeu des biocarburants, il faut rappeler qu’aujourd’hui, dans le monde, en Europe, mais aussi en France, l’approvisionnement énergétique du secteur des transports – y compris le transport ferroviaire – dépend à 95 % des produits pétroliers, auxquels il n’existe pas de substitut massif à court terme. Dans les 5 % restants, les biocarburants pèsent pour 2 % et l’électricité – essentiellement utilisée pour le transport ferroviaire – pour 1 ou 1,5 %. Les biocarburants sont donc le premier substitut disponible. À la mode il y a huit ans, lorsqu’ils étaient parés de toutes les vertus, ils sont aujourd’hui voués aux gémonies.

Il faut pourtant rester mesuré. Les biocarburants de première génération ont un rôle à jouer, mais ne peuvent couvrir qu’une petite partie de l’approvisionnement car, outre les problèmes de coût, on se heurte rapidement à la concurrence entre usage alimentaire et non alimentaire des matières premières.

La deuxième génération fait actuellement l’objet de programmes de démonstration ; un projet-pilote de production d’éthanol de deuxième génération est par exemple en cours de construction à côté de Reims, en liaison avec la profession agricole, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et les industriels. Le temps de la recherche est long : le projet a été lancé en 2007, les travaux se déroulent conformément au calendrier, et s’ils sont couronnés de succès au plan technique et économique, on peut envisager un déploiement de la technologie à la fin de cette décennie.

Les choses sont moins matures concernant la troisième génération : le potentiel est évident, mais le déploiement ne peut être envisagé que d’ici à la fin des années 2020.  De même, la réduction de la consommation d’énergie dans le secteur des transports passe par le développement de technologies. La consommation unitaire des véhicules peut être réduite d’environ 50 %, mais la mise au point des modèles prendra du temps – entre dix et vingt ans – et aura un coût. »

M. Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des Energies Renouvelables. « Je confirme les échéances annoncées par Olivier Appert s’agissant des biocarburants de seconde génération. La ressource française, mais aussi mondiale, en biomasse est limitée, bien qu’importante. On ne pourra pas tout faire et des arbitrages devront intervenir entre les usages énergétiques. Lorsque les technologies de biocarburants de seconde génération auront été développées, il faudra évaluer leur rendement pour déterminer le meilleur usage, de la production de chaleur ou d’électricité, qui pourra en être fait ».