Commission du Développement Durable du mercredi 9 octobre 2013

Table ronde sur la responsabilité sociale et environnementale avec la participation de Mme Sophie Thiery, directrice du département audit de Vigeo et de Mme Françoise Quairel, maître de conférences en sciences de gestion à l’Université Paris Dauphine.

M. Jacques Kossowski. Nous avons tous à l’esprit des scandales liés aux entreprises occidentales faisant travailler les salariés dans des conditions évoquées plus haut : l’iPhone d’Apple fabriqué en Chine, les articles de sports Nike ou le drame du Bangladesh. Pouvez-vous confirmer que les grands groupes et les firmes internationales exigent de plus en plus des pratiques responsables et durables de la part de leurs fournisseurs et sous-traitants ? Même si cela n’est pas suffisant, il faut que, dans la chaîne d’approvisionnement, les fournisseurs de deuxième et troisième rangs fassent aussi l’objet de critères rigoureux en la matière. Comment inciter les entreprises à le faire ?

table ronde

Mme Sophie Thiéry. Pour l’entreprise, c’est sa gouvernance, sa façon de traiter ses clients et de gérer ses ressources humaines, son approche de la R&D que l’on regarde à travers les lunettes de la responsabilité sociale et environnementale (RSE). Cette dernière est une démarche managériale qui consiste à prendre des engagements en matière sociale, sociétale et environnementale, et surtout à s’assurer, par certains mécanismes, que ces engagements sont tenus partout sur son territoire et tout au long de sa chaîne de sous-traitance, et d’en rendre compte. Il s’agit donc, non pas d’un thème supplémentaire, mais d’une façon de se responsabiliser sur des engagements que l’on prend dans son cœur d’activité. Bien évidemment, cela passe par le dialogue.

Comment amener les PME à voir la RSE comme un facteur de développement ? Il ne faudrait pas penser que seules les 23 % de PME engagées dans une démarche RSE sont responsables et que les autres ne le deviendront qu’à condition d’en faire autant. Les entreprises sont responsables et ne sont pas les dernières à agir. Parce que leur écosystème bouge peut-être encore plus et plus souvent, elles ont été conduites à s’adapter régulièrement à des contraintes, aussi par le dialogue. Elles ont beaucoup à apporter. Il serait certainement utile de les aider à structurer leurs actions en matière sociale, environnementale et sociétale, pour leur apprendre à se valoriser et à organiser les forces qui font leur attractivité vis-à-vis des talents. Aujourd’hui, de nombreux collaborateurs demandent à s’engager dans des entreprises porteuses de valeurs. Face à tout ce que peut offrir le monde du travail dans les grandes entreprises, pour attirer les talents, les PME peuvent jouer la carte de la RSE. C’est, pour elles, le sésame qui les rendra éligibles aux capitaux ISR, lesquels leur permettront d’innover et d’accéder à de nouveaux marchés. Surtout, il leur permettra de répondre aux exigences, de plus en plus importantes sur les sujets sociaux et environnementaux, des donneurs d’ordres et de la commande publique.

Mme Françoise Quairel. La vigilance s’impose car, notamment dans la relation d’achat entre grandes entreprises et fournisseurs, il y a beaucoup de conformités apparentes, beaucoup de contrôles formels qui ne pénètrent pas nécessairement dans les pratiques – pour cela, il faudrait des gens convaincus. De nombreuses enquêtes montrent par exemple que, si les PME sont conformes aux codes de conduite qu’elles ont signés, une société comme EcoVadis, qui évalue les fournisseurs pour les grandes entreprises, se contente d’auto-déclarations sans vérification. Je me demande si cette prolifération de conformités, sans entrer jamais dans le cœur du management comme on devrait le faire, n’est pas un moyen de pression supplémentaire sur les PME, en plus de l’injonction paradoxale du prix. Certains fournisseurs fonctionnent en partenariat pour promouvoir la qualité, et des réseaux se sont constitués qui promeuvent les objectifs de développement durable. Mais beaucoup de grandes entreprises demandent à leurs fournisseurs d’être responsables en les payant avec des délais inadéquats. Peut-être pourraient-elles commencer par s’engager dans une démarche strictement économique : payer les fournisseurs dans des délais raisonnables est absolument indispensable avant de leur demander de signer des chartes sans réellement en vérifier l’application.

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