«Madame le président» : l’ultimatum de 140 députés de l’opposition à Claude Bartolone

Madame le président - l'ultimatum de 140 députés de l'opposition à Claude BartoloneA l’initiative de l’ancien Premier ministre François Fillon et de l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et député des Yvelines Henri Guaino, plus de cent quarante députés de l’opposition exigent du Président de l’Assemblée qu’il annule la sanction infligée à leur collègue Julien Aubert.


Ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino est député des Yvelines.
Ancien Premier ministre, François Fillon est désormais député de Paris et co-président par intérim de l’UMP.


Monsieur le président de l’Assemblée nationale,

Le 6 octobre, lors des débats sur la loi de transition énergétique, madame Sandrine Mazetier, vice-président de l’Assemblée nationale, qui présidait la séance a infligé à notre collègue Julien Aubert, député du Vaucluse, une sanction le privant d’un quart de son indemnité parlementaire pour s’être adressé à elle en lui donnant le titre de «Madame le président» au lieu de «Madame la présidente». On pourrait juger cette affaire simplement risible, si elle n’avait pas couvert de ridicule cette institution essentielle qu’est la présidence de l’Assemblée et surtout s’il n’y avait eu cette sanction, jusqu’à présent réservée aux cas de troubles graves dans l’hémicycle. Sanction d’autant plus intolérable qu’elle punit l’usage correct de la langue française dont il n’est sans doute pas besoin de vous rappeler qu’elle est, selon la Constitution, «la langue de la République».

En effet, comme l’a fait remarquer le député Julien Aubert, en français «la présidente» désigne la femme du président. Faut-il ajouter que «le président», comme «le juge», «le préfet», «le professeur», «le commissaire», «le ministre», expriment en français non la masculinité de la fonction mais sa neutralité par rapport au genre.

La mise à l’amende d’un député pour s’être exprimé correctement en français dans l’enceinte de l’Assemblée nationale française signifierait-elle que l’Assemblée s’arroge désormais le droit de fixer les règles de la langue, ce qui nous amènerait aux portes du totalitarisme? Faudra-t-il dire aussi demain dans nos débats, sous peine de sanctions: «procureure», «rapporteure», «défenseure», «professeure»? L’effroyable sonorité de ces mots n’exprime-t-elle pas assez le martyre que fait subir aux Français l’idéologie de la féminisation à outrance des fonctions, si étrangère à l’une des plus belles langues du monde, forgée par mille ans de civilisation et de culture?

Sera-t-on un jour puni pour avoir utilisé dans nos débats l’expression «école maternelle» que madame Mazetier voulait faire interdire l’année dernière? Police de la langue ou police de la pensée? A vrai dire les deux. Madame Mazetier a utilisé les pouvoirs qui lui étaient conférés à d’autres fins pour imposer par la force de la sanction sa funeste idéologie jusque dans le langage. Détournement et abus de pouvoir sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit. Y en-t-il d’autres pour qualifier cette attitude, sinon peut-être un vieux mot de l’ancien code pénal: le mot «forfaiture»?


Votre rôle n’est pas d’être au service d’une majorité mais d’être le président de tous et de faire en sorte que des élus ayant des convictions et des opinions différentes puissent travailler en bonne entente et que leur vie ensemble au sein de notre Assemblée soit possible dans le respect mutuel.


En couvrant et en approuvant cette décision inique, vous avez, monsieur le président, pris le risque de détériorer profondément les relations entre les membres de notre Assemblée. Votre rôle n’est pas d’être au service d’une majorité mais d’être le président de tous et de faire en sorte que des élus ayant des convictions et des opinions différentes puissent travailler en bonne entente et que leur vie ensemble au sein de notre Assemblée soit possible dans le respect mutuel. Pour la première fois, depuis le début de votre présidence, vous avez gravement failli à ce devoir. Si la décision de sanctionner notre collègue n’est pas annulée, vous porterez la lourde responsabilité d’un climat d’affrontement et de tensions qui ne peut qu’affaiblir l’autorité du Parlement au milieu des épreuves et des difficultés que traverse notre pays. Nous vous demandons donc solennellement de revenir sur votre position et de désavouer cet intolérable abus de pouvoir, comme vous le commandent les devoirs de votre charge et comme l’exige la sérénité de nos débats.

Dans l’attente, recevez, monsieur le président de l’Assemblée nationale, l’assurance de notre haute considération.

Liste des signataires de la lettre ouverte:

Damien Abad

Elie Aboud

Yves Albarello

Olivier Audibert Troin

Patrick Balkany

Jean-Pierre Barbier

Jacques Alain Bénisti

Thierry Benoit

Sylvain Berrios

Xavier Bertrand

Étienne Blanc

Marcel Bonnot

Gilles Bourdouleix

Valérie Boyer

Xavier Breton

Philippe Briand

Bernard Brochand

Olivier Carré

Yves Censi

Jérôme Chartier

Luc Chatel

Gérard Cherpion

Guillaume Chevrollier

Dino Cinieri

Éric Ciotti

Philippe Cochet

François Cornut-Gentille

Édouard Courtial

Jean-Michel Couve

Marie-Christine Dalloz

Gérald Darmanin

Olivier Dassault

Marc-Philippe Daubresse

Laure de La Raudière

Bernard Debré

Jean-Pierre Decool

Bernard Deflesselles

Lucien Degauchy

Rémi Delatte

Nicolas Dhuicq

Jean-Pierre Door

David Douillet

Dominique Dord

Marianne Dubois

Virginie Duby-Muller

Nicolas Dupont-Aignan

Christian Estrosi

Daniel Fasquelle

Georges Fenech

François Fillon

Marie-Louise Fort

Yves Foulon

Marc Francina

Yves Fromion

Claude de Ganay

Sauveur Gandolfi-Scheit

Annie Genevard

Guy Geoffroy

Bernard Gérard

Alain Gest

Franck Gilard

Charles-Ange Ginesy

Jean-Pierre Gorges

Philippe Goujon

Claude Greff

Anne Grommerch

Arlette Grosskost

Henri Guaino

Jean-Claude Guibal

Jean-Jacques Guillet

Christophe Guilloteau

Meyer Habib

Michel Heinrich

Patrick Hetzel

Philippe Houillon

Sébastien Huyghe

Denis Jacquat

Jacques Kossowski

Valérie Lacroute

Jacques Lamblin

Jean-François Lamour

Guillaume Larrivé

Charles de La Verpillière

Thierry Lazaro

Alain Leboeuf

Isabelle Le Callennec

Marc Le Fur

Pierre Lellouche

Bruno Le Maire

Dominique Le Mèner

Pierre Lequiller

Céleste Lett

Geneviève Levy

Véronique Louwagie

Lionnel Luca

Gilles Lurton

Jean-François Mancel

Laurent Marcangeli

Thierry Mariani

Alain Marleix

Olivier Marleix

Alain Marsaud

Alain Marty

Damien Meslot

Philippe Meunier

Jean-Claude Mignon

Pierre Morel à l’Huissier

Alain Moyne-Bressand

Jacques Myard

Dominique Nachury

Yves Nicolin

Patrick Ollier

Valérie Pécresse

Michel Piron

Bérangère Poletti

Axel Poniatowski

Josette Pons

Didier Quentin

Jean-Luc Reitzer

Bernard Reynès

Arnaud Richard

Franck Riester

Arnaud Robinet

Camille de Rocca Serra

François Rochebloine

Paul Salen

Rudy Salles

François Scellier

Claudine Schmid

Michel Sordi

Éric Straumann

Alain Suguenot

Lionel Tardy

Jean-Charles Taugourdeau

Michel Terrot

Jean-Marie Tetart

Dominique Tian

Patrice Verchère

Jean-Sébastien Vialatte

Philippe Vitel

Éric Woerth

Marie-Jo Zimmermann

 François Fillon – Henri Guaino

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/10/09/31001-20141009ARTFIG00393-madame-le-president-l-ultimatum-de-139-deputes-de-l-opposition-a-claude-bartolone.php

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