Entrepreneurs, l’âgisme est un racisme comme un autre

D’après Jacques Kossowski, maire de Courbevoie et député UMP des Hauts-de-Seine, les discriminations fondées sur l’âge relèvent du racisme. Les entrepreneurs – comme les décideurs politiques – devraient prendre garde à ne pas propager les clichés liés à l’âge et traiter les seniors comme tous les autres employés.

Les temps sont ainsi faits que, d’une période où l’âge était en soi une valeur et où l’expérience était une denrée recherchée, nous vivons désormais dans l’ère de l’obsolescence accélérée des carrières. Une nouvelle croyance, aussi tenace qu’infondée, lie automatiquement vieillissement et baisse de productivité, pour, en réalité, mieux justifier une nouvelle forme de racisme : l’âgisme.

Entrepreneurs, l'agisme est un racisme comme un autre

Ce sont les préjugés qui nuisent le plus à l’emploi des seniors

Les dirigeants d’entreprises, DRH et plus largement les cadres, appelés à prendre des décisions de recrutement, véhiculent des clichés sur les seniors qu’ils n’oseraient à aucun moment associer à d’autres catégories de population. Autant tout le monde conçoit qu’il est ridicule et insupportable de dire qu’une femme serait moins fiable parce que trop sensible ou trop fragile, qu’un salarié du Midi serait moins travailleur qu’un salarié du Nord, autant personne ne s’offusque qu’on trouve d’emblée un senior moins efficace parce que trop vieux.

Parce que ces préjugés s’amplifient et s’ancrent de plus en plus profondément dans les mentalités [1], dès 45 ans le risque s’installe, le sursis débute et le couperet menace. Après 55 ans, vous êtes le premier à partir à l’occasion d’un plan de licenciement et vous êtes le dernier auquel on pense lorsqu’on créé un poste.

Et l’échec du contrat de génération porté par le gouvernement actuel vient prouver que la question du coût n’est bien souvent qu’une excuse. Alors que ce dispositif prévoit une aide financière de 6 000 euros par an pendant 3 ans pour toute embauche d’un junior accompagné du maintien ou de l’embauche d’un senior au sein de l’entreprise, seules 29 000 embauches ont pu être relevées sur les 75 000 annoncées.

Non, ce qui nuit à l’embauche des seniors, ce sont les clichés. Et le crime, c’est que ce discours dévalorisant et colporté par des décisionnaires qui sont parfois eux-mêmes des seniors, finit par être intégré par les salariés seniors eux-mêmes !

Changer de vision et donner sa chance à tous

L’âgisme est un racisme. Il faut donc dénoncer ces préjugés et enfin changer de regard sur cette population. Ce qui est réclamé, c’est tout simplement qu’un senior soit traité comme un autre, sans traitement de faveur, mais sans a priori [2]. Il est tout aussi ridicule de dire qu’un senior est forcément plus fiable qu’un jeune diplômé, que d’affirmer qu’il est nécessairement moins flexible. Bien sûr, on doit pouvoir exiger d’un senior de se former et d’évoluer, car l’expérience ne suffit jamais, mais on doit aussi garantir un environnement qui ne lui soit pas systématiquement hostile. Lorsqu’on lui en offre l’opportunité, un senior peut tout à fait se remettre en question et apporter une véritable valeur ajoutée au sein de l’entreprise. Le dispositif « d’entretien de seconde partie de carrière » introduit en 2009 via la loi relative à la formation professionnelle, qui permet à un employé de 45 ans de faire le point avec son responsable hiérarchique sur son évolution professionnelle, a montré qu’un dialogue intelligent pouvait porter ses fruits. Selon une étude menée de 2010 à 2012 auprès de plus de 4 000 salariés [3], les bénéficiaires de cet entretien ont vu leur carrière évoluer davantage que ceux qui avaient fait le choix de ne pas en profiter : 4 salariés sur 10 ont fait évoluer leur carrière suite à l’entretien, contre 2 sur 10 lorsqu’ils s’étaient abstenus. Ainsi, en offrant un cadre de négociation dès 45 ans pour penser la progression des seniors au sein de l’entreprise et sur le marché du travail, il est possible d’augmenter leurs chances de se maintenir dans l’emploi. À ce titre, on ne peut que regretter que le gouvernement ait récemment décidé de retirer le caractère obligatoire de cet entretien, limitant par la même occasion très largement sa portée. Face aux blocages présents au sein des entreprises, il est nécessaire d’agir avec détermination.

Tous les a priori sont ridicules

La question de l’emploi des seniors est une affaire de bon sens. Comme tout a priori, comme toute généralité et toute discrimination, l’âgisme est le fruit de notre bêtise collective. Oui, certains « jeunes » sont plus dynamiques que certains « seniors ». Mais d’autres jeunes sont également moins motivés, moins passionnés, moins impliqués. Il est donc grand temps de nous réveiller et de prendre enfin conscience de l’horreur que peut constituer pour toute une frange de la population de se sentir diminuée, dévalorisée, rétrogradée et exclue au seul motif qu’elle a dépassé un certain âge. Oui, la valorisation systématique de l’ancienneté est une absurdité, car rien ne justifie qu’un individu soit mieux payé au seul motif qu’il est plus ancien dans une société. Mais, à l’inverse, rien ne justifie non plus qu’il soit pénalisé. Simple question de bon sens. Et non de morale.

Jacques Kossowski / Maire de Courbevoie et député UMP des Hauts-de-Seine

Références

[1] Selon le « Baromètre de la perception des discriminations au travail » 2012 du  Défenseur des droits, l’âge arrive en tête des critères de discrimination ressentie à l’embauche. [2] « La performance au travail ne s’amoindrit pas forcément avec l’âge », Anact, juillet 2014

[3] Agirc, 2012

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