Quel avenir pour le véhicule électrique ? Le Président de PSA Peugeot Citroën Carlos Tavares répond à Jacques Kossowski

M. Jacques Kossowski. « La promotion actuelle du véhicule tout électrique par des primes d’acquisition allant jusqu’à 10 000 euros par véhicule m’amène à m’interroger. Si nous arrivons, à terme, à constituer un parc de plusieurs millions de véhicules, ne risquons-nous pas de nous heurter à un problème de production électrique, alors que l’on souhaite diminuer de 50 % la production d’énergie nucléaire en France ? Je rappelle que l’on prévoit 7 millions de points de charge d’ici à 2030. Comment résoudre cette équation ? En Allemagne, où l’électricité provient, actuellement, pour 44 %, du charbon qui émet beaucoup de gaz à effet de serre, on a calculé que les émissions des véhicules électriques pouvaient dépasser celles d’une voiture conventionnelle.

BatterieSe pose aussi la question de l’utilisation de certaines matières premières pour la construction des batteries ; je pense en particulier au lithium. En outre, il n’est toujours pas possible de faire de longs trajets avec les véhicules tout électriques. Deux véhicules seront peut-être nécessaires : l’un pour les petites distances, en vile, l’autre pour les plus longues distances. Est-ce vraiment une avancée écologique ? La meilleure solution ne passe-t-elle pas par le moteur hybride ? J’aimerais avoir votre point de vue.

Enfin, monsieur le président du directoire, je tiens à vous dire que je suis ravi d’avoir aujourd’hui en face de moi quelqu’un qui ne vient pas se lamenter des charges imposées aux entreprises ! ».

Carlos Tavares. « Je commencerai par une remarque générale. Nous ne pouvons pas traiter de la question de la mobilité propre sans traiter, dans le même temps, de la question de l’énergie propre. C’est deux questions vont de pair et, si on ne les traite pas en parallèle, on se trouve confronté à des contradictions que vous connaissez bien. De mon côté, j’ai toujours défendu le véhicule électrique, mais celui-ci prend tout son sens si l’énergie électrique est propre. Si vous voulez en accélérer la diffusion, ce qui est parfaitement légitime, il faut, dans le même temps, s’assurer que l’énergie électrique nécessaire à la propulsion de ces véhicules sera également propre, et pas uniquement à Paris, pas uniquement en France, pas uniquement en Europe, mais sur l’ensemble de la planète. C’est un sujet essentiel.

Chargeur VéhiculeEnsuite, si l’on abonde aujourd’hui l’achat d’un véhicule électrique par 10 000 euros versés au client final, c’est dans le but de lever les freins à l’achat de ce type de véhicule, qui sont de deux ordres : d’une part, le véhicule électrique manque d’autonomie ; d’autre part, les consommateurs considèrent, à tort ou à raison, que le réseau de chargement est insuffisant.

PSA soutient les véhicules électriques. Nous en avons d’ailleurs quatre modèles en vente : une petite Citroën, une petite Peugeot, un petit utilitaire Citroën et un petit utilitaire Peugeot. Mais nous devons évidemment regarder au-delà de nos seuls intérêts. Pour ma part, je ne pense pas que l’on puisse résoudre le problème sans traiter cette double dimension.

Pendant combien de temps faudra-t-il soutenir la vente de véhicules électriques ? Jusqu’à ce que les freins à l’achat soient levés. Or ils seront levés dans un délai qui, s’agissant de l’autonomie des véhicules électriques, dépasse cinq ans. Pourrons-nous, pendant cinq ans, offrir cette prime de 10 000 euros ? Je crois que vous avez la réponse.

Un autre élément me semble également important. Au niveau européen, l’objectif qui a été fixé est d’atteindre 95 grammes de CO2 par kilomètre parcouru d’ici à 2020. Mais cet objectif auquel souscrit l’ensemble des constructeurs automobiles européens ne pourra être respecté qu’en diffusant largement le véhicule électrique et le véhicule diesel. Les deux sont nécessaires et il faudra savoir procéder à un dosage entre l’un et l’autre.

Pour atteindre en 2020 l’objectif de 95 grammes, il faudra donc continuer à diffuser dans des proportions importantes les véhicules diesel. En effet, celui-ci ne nécessite pas de subventions particulières. Il est propre, parce que vous l’avez voulu propre grâce à la sévérité de vos réglementations. Et il est produit aujourd’hui à un fort volume à un coût maîtrisé.

voiture électriqueNous devrons donc jouer sur une diffusion en masse du véhicule diesel, et sur une apparition progressive du véhicule électrique, qui sera forcément lente. On l’a dit, les États ne pourront pas soutenir économiquement très longtemps l’achat de ce type de véhicule. En outre, il faudra donner aux techniciens le temps d’ôter les verrous qui existent encore. Il faudra travailler sur la densité du réseau de chargement et sur l’autonomie des véhicules en faisant évoluer la chimie des batteries ». (Extraits de l’audition du mercredi 15 avril 2015 à l’Assemblée nationale).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s