La réforme du Collège : L’excellence mise au ban de l’éducation nationale ?

En supprimant tout ce qu’ils jugent « élitiste » (l’apprentissage du latin et le grec, les sections européennes et classes bilangues qui favorisaient l’apprentissage de l’allemand, qualifiés « d’îlots de bien-être » par la Ministre), les socialistes et la Ministre de l’Education nationale abandonnent les enfants des classes les plus socialement défavorisées, puisque les familles les plus favorisées trouveront, elles, toujours les moyens de compenser ce qui ne sera plus fait à l’école publique.

Comme le rappelait avec justesse Nicolas Sarkozy dans son interview au Figaro du 6 mai dernier : « La République c’est l’exigence. Et parce que l’on sera exigeant, on pourra tirer tout le monde vers le haut. Cette réforme c’est le contraire de l’exigence, c’est le nivellement qui tirera tout le monde vers le bas ».

Mais quelle est donc le contenu de cette réforme prévue pour la rentrée 2016 qui fait débat ?

Sur la forme, la presse s’est largement fait l’écho du jargon « pédagogiste » présentant les nouveaux programmes. Par exemple, la piscine est définie comme un « milieu aquatique profond standardisé »; l’élève quant à lui n’apprend plus à écrire mais à « maîtriser le geste graphomoteur et à automatiser progressivement le tracé normé de lettre », etc. Molière aurait croqué avec délice ces trissotins des temps modernes.

Sur le fond, Il s’agit essentiellement d’une réorganisation des cours au collège applicable à la rentrée 2016.

C’est tout d’abord la suppression des « classes européennes » et « classes bilangues » (dans les établissements publics, puisque les établissements privés sous contrat ne vont évidemment pas se priver de ces classes qui sont une réussite !). Ainsi, sous couvert de favoriser l’enseignement des langues étrangères en prévoyant l’apprentissage d’une seconde langue dès la 5ème, Mme Vallaud-Belkacem a annoncé la suppression de ces filières qui permettent, pour ce qui concerne les classes bilangues, d’étudier, dès la 6e, deux langues vivantes étrangères, le plus souvent l’allemand (LV1) et l’anglais (LV2 anticipée), et pour ce qui concerne les classes européennes de disposer de 2 heures de cours de langues supplémentaires par semaine.

Conséquence :   Alors que 85 à 90% des élèves de 4ème choisissent l’apprentissage de l’espagnol en seconde langue, les classes bilangues n’étaient jusqu’à présent ouvertes qu’à l’anglais et l’allemand. Elles avaient permis de relever de 10 à 15% le nombre de jeunes français apprenant l’allemand. En les supprimant, on se prive d’un outil efficace de promotion de l’allemand. En tant que Maire d’une ville jumelée à Freudenstadt, je suis très attaché au lien culturel franco-allemand – notamment par la langue – . La jeunesse est évidemment le premier vecteur de ce lien. Une telle évolution est inquiétante.

Vont aussi être créés des EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires) qui rappellent les TPE (Travaux Personnels Encadrés) introduits au lycée. Quatre heures par semaine et par niveau du cycle 4 (5e/4e/3e) seraient consacrées à de « l’enseignement pratique interdisciplinaire » (trois heures au maximum) et à l’accompagnement dit « personnalisé » (une heure au moins). Les élèves travailleront de grands thèmes d’étude qui relieront plusieurs disciplines, le ministère se contentant de fixer huit grands thèmes : développement durable ; sciences et société ; corps, santé et sécurité ; information, communication, citoyenneté ; culture et création artistiques ; monde économique et professionnel ; langues et cultures de l’Antiquité ; langues et cultures régionales et étrangères. Deux thèmes devront être traités chaque année. La définition du contenu pratique de ces thèmes de travail risque de se faire localement dans un désordre anarchique et dont l’intérêt variera d’un établissement à l’autre. Comme le souligne Luc Ferry, les nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires fondent les disciplines dans une « bouillie collectiviste » alors qu’il faudrait inventer une approche interdisciplinaire innovante.

En ce qui concerne l’ « enseignement » du latin et du grec, il devait être intégré – pour ne pas dire dissous – dans le cadre des EPI. Suite à la fronde légitime des enseignants de langues anciennes, qui ont vu, avec juste raison, dans cette première mouture de la réforme la disparition de leur discipline, les enseignements complémentaires (options) latin et grec seraient finalement maintenus à raison d’une heure en 5e (il y avait 2 heures, avant la réforme) et deux heures en 4e et 3e (la dotation était de 3 heures hebdomadaires, auparavant).

Quant aux programmes d’histoire, pour la première fois, les grands thèmes généraux à traiter du CP à la 3e en sous-thèmes seront divisés en programmes « obligatoires » ou laissés « au choix » de l’enseignant. Ainsi, le Conseil supérieur des programmes (CSP) distingue les sujets «obligatoirement étudiés» des sujets «traités au choix de l’enseignant». Ainsi, l’étude de l’Islam sera obligatoire, mais celle du christianisme médiéval facultative – ceux qui choisiront de l’enseigner devront le faire uniquement sous l’angle de l’ «emprise de l’Eglise sur les mentalités rurales». De la même manière, la « pensée humaniste » et « le temps des Lumières » sont laissés au choix des enseignants en 5e et 4e alors que les « empires coloniaux » et la « traite négrière » sont obligatoires. Comme l’exprime Jacques Julliard dans le magazine Marianne : « N’aborder le christianisme qu’à travers le thème de la « société rurale encadrée par l’Eglise » relève de la manipulation historique ; ne pas faire de la philosophie des lumières un thème majeur de notre enseignement est un attentat contre notre identité ».

Face à cette mauvaise réforme, il est de notre devoir de nous mobiliser. Je vous invite à signer la pétition initiée par Bruno Le Maire et 248 parlementaires – dont moi-même – afin d’en demander le retrait.

Le collège de la République a l’obligation d’offrir le meilleur à ses enfants, qu’ils viennent d’un milieu social défavorisé ou non. Certes, tous n’intégreront pas les grandes Ecoles, les grandes universités mais tous doivent avoir la possibilité d’y arriver par le travail, par le mérite, en suivant un enseignement exigeant.   

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