Lutte contre réchauffement climatique : quel constat, quels moyens d’action?

Festival AtmosphèresLe mercredi 16 septembre 2015, Jacques Kossowski a répondu à ces importantes questions au Centre événementiel de Courbevoie lors de l’ouverture du Festival Atmosphère consacré au Développement durable et à l’environnement. A quelques semaines de l’ouverture de la Conférence sur le climat (COP21) à Paris, il a notamment pu exposer à son auditoire les enjeux essentiels du défi climatique actuel. 

Dans son dernier rapport, paru en novembre, le groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a dressé une fois encore un tableau alarmant du réchauffement planétaire dû à l’activité humaine.

Permettez-moi d’en rappeler les grandes lignes.

Depuis le début du XIXème siècle, les générations qui se sont succédé ont émis quelques 1800 milliards de tonnes de gaz carbonique à l’origine de l’effet de serre.

Chaque année, ce ne sont pas moins de 35 milliards de tonnes que nous relâchons dans l’air, sachant que 40% de ce gaz émis restera sans doute présent dans l’atmosphère pendant encore plusieurs centaines d’années.

Ce qui veut dire que, même si nous décidions – hypothèse irréaliste – de ne plus en émettre dès aujourd’hui, le processus de réchauffement se poursuivrait.

Pourtant, il est encore temps d’agir avant que ces conséquences négatives ne deviennent irréversibles.

Mais il y a urgence ! Comme le disait récemment le Secrétaire d’Etat américain John Kerry : « Le changement climatique n’est pas une menace lointaine sur laquelle nos enfants et nos petits-enfants devront se pencher. C’est maintenant, c’est là ! ».

Quelles sont les conséquences du réchauffement qui nous menacent déjà ?

Notre système climatique retient désormais la chaleur, dont 90% est absorbée par les océans. En un siècle, les mers et océans se sont réchauffés en moyenne de 6 dixièmes de degrés et se sont acidifiés. Conséquence, les glaces de l’Arctique et de l’Antarctique fondent à grande vitesse. Ainsi, par exemple, le Groenland voit disparaitre 200 milliards de tonnes de glace par an.

Ce processus entraine une hausse progressive des eaux dans le monde.

Si rien n’est entrepris, certaines iles sont condamnées à l’érosion ou à la disparition, entrainant d’importants transferts de population, et ce à très court terme. Il faut s’imaginer qu’au Vanuatu, un petit Etat d’Océanie, il existe déjà un Ministère du changement climatique en charge d’évaluer les bouleversements en cours et de gérer les déplacements de population. Cela fait écho à l’inquiétude des populations locales de nos nombreux territoires d’Outremer.

Lors d’une réunion de la Commission du Développement durable à l’Assemblée nationale, j’ai été marqué par les propos d’une de mes collègues députée de la Polynésie Française. Elle évoquait l’engloutissement de certains atolls. Et elle a posé cette question terrible: «  Faut-il perdre notre temps à gérer dans ces territoires le renforcement des littoraux, le changement de gestion des eaux, le traitement des déchets, si c’est pour se retrouver sous l’eau dans vingt ans ? ».

Une autre question qui se pose, c’est l’augmentation des températures continentales. En un siècle, cette température a cru d’environ 9 dixièmes de degré dans le monde et d’un degré cinq en France. Cela peut paraitre peu mais, comparé aux quatre degrés enregistrés sur le dernier millénaire, c’est énorme !

Les conséquences de ce réchauffement, c’est l’instabilité climatique, ce sont les vagues de chaleur, ce sont les fortes pluies. Rappelons-nous en 2003, cette puissante canicule qui a touché la France et plus largement l’Europe : 70 000 morts au total. C’est aussi la série d’importantes sécheresses qu’a subi le sud de notre continent en 2004, en 2005 et en 2007.

La Russie elle-même, a connu en 2010, une vague caniculaire qui a détruit 25% de la production agricole et l’a privée de 1% de son PIB. Cette tendance se confirme puisque le mois de juillet 2015 a battu des records de chaleur pour l’ensemble de la planète depuis le début des données météorologiques en 1800.

A contrario, le monde connait aussi des épisodes de fortes précipitations qui ont par exemple touché le continent européen et l’Amérique du Nord.

Les sécheresses, les inondations, les tempêtes et les cyclones, la désertification, la multiplication des feux de forêt, ces catastrophes naturelles, l’homme les a affrontées de tous temps. Mais ce qui est nouveau, ce qu’il faut bien réaliser, c’est qu’aujourd’hui, de par leur ampleur et leur fréquence, elles constituent une véritable menace pour de nombreux écosystèmes et pour nos sociétés humaines.

Les premières victimes de ces bouleversements climatiques, ce sont les agriculteurs des pays pauvres, notamment dans les zones tropicales.

A cause de ces phénomènes, comme le soulignait récemment Bill Gates dans une tribune parue dans Les Echos, le système alimentaire mondial va connaitre des baisses de récolte alors même que la demande mondiale de nourriture va croitre très fortement, ce qui risque d’augmenter la famine. Ce qui est remis en cause, ce sont donc deux des grands progrès du dernier demi-siècle : les baisses de la faim et de la pauvreté dans le monde.

Dernière conséquence et qui trouve un sinistre écho dans l’actualité, je veux parler des réfugiés, cette fois-ci climatiques. D’après l’ONU, en 2050, il y aura 250 millions de réfugiés de ce type dans le monde.

D’ailleurs le Président OBAMA, lors de son dernier déplacement en Alaska, a tenu à mettre en garde la communauté internationale : sans l’aboutissement d’accord mondial sur le climat, le nombre de conflits et de réfugiés ne va cesser d’augmenter dans les années qui viennent. Paradoxalement deux semaines auparavant, M. OBAMA autorisait la compagnie pétrolière Shell à forer au large de l’Alaska, ce qui ne constituait pas un signal de grande fermeté à l’égard de l’industrie énergétique.

Pourtant, la dégradation climatique est peut-être l’une des causes de conflit potentielles. En mars dernier, l’Académie des Sciences des Etats-Unis a publié une étude sur la situation en Syrie. De 2007 à 2010, c’est-à-dire avant le début de la guerre civile, ce pays a connu des épisodes de sécheresse extrême ayant entraîné une chute majeure de la production agricole et le déplacement d’un million et demi de syriens. L’Académie américaine conclue cette étude par ses mots, je cite : « L’influence des activités humaines sur le changement climatique joue un rôle dans l’actuelle crise syrienne ».

Bien sûr, je ne sous-estime pas les autres causes de cette crise, mais il me semblait intéressant d’évoquer ce paramètre à mon avis pas assez analysé.

Si nous ne faisons rien, l’Humanité court à la catastrophe et à sa perte. Et j’oserai même parler d’effondrement civilisationnel.

Les causes du réchauffement climatiques sont désormais clairement identifiées et la mutation de nos sociétés vers plus de sobriété énergétique est possible. Encore faut-il que nous ayons la volonté de dépasser nos égoïsmes nationaux.

Alors comment agir pour que le constat accablant du GIEC ne reste pas lettre morte ?

Nous avons, me semble-t-il, trois leviers d’action. L’un international, les deux autres étant national et local, notamment au niveau de la commune.

Sur le plan international, le rendez-vous majeur est bien sûr celui de la COP 21 qui se déroulera à Paris à la fin de l’année.

Messieurs Gilles BERHAULT, Président du Comité 21 et Jean JOUZEL, Vice-Président du GIEC, en ont parlé de manière détaillée lors de l’ouverture du Festival Atmosphère.

Je me permettrais néanmoins de souligner un enjeu de cette conférence qui me semble capital : les financements pour le climat à l’intention des pays en développement. En 2009, les pays occidentaux du nord s’étaient engagés à financer les pays du sud à hauteur de 100 milliards à partir de 2020 afin de leur permettre de lutter contre le réchauffement et de se développer de manière plus écologique. Les conditions pratiques de ces financements n’ont toujours pas été définies et si nous devions en rester dans le domaine des bonnes intentions, les pays du sud pourraient ne pas signer d’accord en décembre prochain.

J’espère que la Conférence de Paris permettra d’avancer sur cette épineuse question.

Sur le plan national, nous avons aussi des moyens d’agir. Depuis le Grenelle de l’environnement initié entre 2007 et 2012 par Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo nombre d’orientations ont été prises pour s’engager dans l’après-pétrole. Elles ont pour la plupart inspiré le projet de loi sur la transition énergétique qui a été votée au Parlement à l’initiative de Ségolène Royal, Ministre de l’écologie et du développement durable. Je me félicite que sur ces sujets d’intérêt général, la passion politique cède le pas au bien commun.

Sur le plan local, il est possible d’agir au quotidien à l’échelon métropolitain ou communal. C’est même notre devoir d’élu.

Mike Bloomberg, ancien maire de New York, a récemment appelé à la mobilisation des maires des villes du monde entier sur le sujet du climat. Je crois que nous devons entendre la force de ce message.

Il y a 100 ans, 2 personnes sur 10 vivaient dans une aire urbaine. Aujourd’hui, c’est la moitié de la population mondiale qui habite en ville, et ce mouvement se poursuivra à l’avenir.

Quand on sait que les villes produisent au moins 70% des gaz à effet de serre du monde, on se dit que les villes sont un problème pour l’environnement. Mais je crois qu’elles sont aussi une partie de la solution. Les villes ne peuvent pas remplacer les Etats pour parvenir à de grands accords globaux sur le climat. Mais elles doivent être considérées comme des partenaires nécessaires dans ce combat.

C’est souvent à des échelles plus petites que se font les grandes réalisations. Le local n’exclut pas le global, bien au contraire.

Au niveau politique, les villes représentent l’échelon le plus petit, le plus proche des citoyens, et donc aussi le plus mobile, le plus réactif, le plus adaptable, le plus pragmatique.

Bien sûr, toutes les villes du monde n’ont pas les mêmes moyens pour agir. Mais la coopération internationale n’est pas le domaine réservé des Etats.

L’entente internationale à l’échelle des villes est une réalité, je le constate avec ma commune. Lorsqu’une ville parvient à mettre en place un nouveau système, c’est une source d’inspiration pour d’autres villes. Courbevoie est jumelée depuis plus de 50 ans avec Freudenstadt, une ville allemande située en plein cœur de la Forêt Noire. Là-bas, le respect de l’environnement est imposé par le cadre de vie. Eh bien, à Courbevoie, sans bénéficier des mêmes atouts naturels, nous nous sommes inspirés de cet esprit.

Et aujourd’hui, nous faisons en sorte de partager notre expérience avec d’autres villes. Nous avons récemment signé un serment de jumelage avec une ville libanaise et nous leur apportons notre savoir-faire.

Je crois vraiment que la lutte contre le changement climatique dépend aussi de la façon dont les villes abordent les problèmes de l’eau, des transports, de l’énergie. Cela produit des effets bénéfiques à l’échelle locale mais aussi mondiale. C’est le grand défi de ce siècle. Créer un nouveau type de villes pour un nouveau modèle urbain.

C’est pour cela qu’à Courbevoie, nous mettons l’accent depuis longtemps sur le développement durable à travers son Agenda 21. En effet, il est essentiel que les acteurs publics se montrent exemplaires dans ce domaine. Je tiens d’ailleurs à souligner qu’au-delà du service développement durable de la Ville, tous les services de la municipalité déclinent à leur échelle la politique du développement durable. Courbevoie a notamment souscrit à un contrat de performance énergétique qui l’engage à optimiser la consommation d’énergie de ses bâtiments.

Le développement durable concerne également nos espaces verts, qui sont gérés de façon écologique comme par exemple la récupération des eaux de pluie permet de collecter et stocker l’eau pour en faire bénéficier la végétation.

Et puisque nous parlons d’arbre, j’en profite pour vous parler de cinq arbres un peu particuliers que nous avons plantés, si je puis dire, à Courbevoie : les « lemon tri ». L’un d’eux se trouve d’ailleurs dans le hall du Centre Evènementiel. C’est une machine qui pour l’instant recycle les bouteilles et les gobelets en plastique mais permettra aussi à terme de gagner des jetons offrant l’accès à certains services publics de la Ville, comme par exemple un abonnement à la piscine municipale.

Vous l’avez compris, l’un des axes majeurs de notre politique, c’est la sensibilisation des citoyens aux problématiques du développement durable. Je pense par exemple à la semaine du développement durable, mais aussi bien sûr au Festival Atmosphères. Accueillir un évènement aussi prestigieux ne peut qu’être que très positif pour les Courbevoisiens et je me félicite du partenariat que nous entretenons depuis maintenant plusieurs années. Ce type d’évènements permet non seulement d’informer, mais aussi et surtout de rencontrer, de débattre. Cela permet en somme de contribuer au développement d’une conscience citoyenne C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons créé des jardins partagés. Au-delà des plantes, ce que l’on entretient dans ces jardins, c’est de la solidarité, de la convivialité, du lien et du partage entre les générations et les cultures et cela me paraît essentiel pour prendre conscience que notre planète est aussi un bien collectif.


Nous sommes à un de ces moments de l’histoire où l’homme se trouve confronté à son destin. Des moments clés dans l’histoire de l’humanité il y en a eu beaucoup, et à une époque pas si lointaine.

Or, j’entends souvent dire aujourd’hui que la lutte contre le réchauffement climatique va nécessiter des sacrifices individuels et collectifs.

Alors je m’interroge : pourquoi parle-t-on de sacrifices ?

Quels sacrifices nos enfants demandent-ils pour leur offrir un monde meilleur demain?

Est-ce qu’ils exigent des exploits héroïques? Non : ils demandent à chaque citoyen de petits gestes ;

Quels sont-ils ces petits gestes ?

De renoncer à la voiture en ville et de prendre des modes de transport collectifs, d’avoir un comportement plus sobre en matière de consommation énergétique ou d’eau, de veiller à la collecte sélective des déchets et des appareils usagés, plus largement en ayant tout simplement au quotidien une attitude respectueuse de la nature.

Ce que nos enfants nous demandent, ce n’est pas de sacrifier notre vie pour un idéal, c’est de mettre un peu de cet idéal dans notre vie au quotidien.

Je forme le vœu que nous les écoutions.

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