Examen en commission du développement durable du rapport de la mission d’information sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des infrastructures nucléaires

Jacques Kossowski, secrétaire de la commission. « En parcourant cet excellent rapport, on prend conscience de l’extrême complexité d’éventuelles opérations de démantèlement des sites nucléaires. Comme vous le montrez, les difficultés sont à la fois d’ordre technique et financier. À mon sens, elles sont également d’ordre économique et social.

En effet, les démantèlements auront forcément un impact négatif sur l’emploi et l’économie des bassins concernés. A-t-on élaboré des évaluations sur ces deux points en fonction des différents scénarios de démantèlement ?

Par ailleurs, un accompagnement d’EDF et de la puissance publique se révèle indispensable pour aider à la création de nouvelles activités locales et éviter ainsi des phénomènes de désertification des sites concernés. Une réflexion est-elle en cours sur cette question ?

Vous évoquez le développement d’une activité industrielle liée au démantèlement des installations nucléaires. Si c’est effectivement un point positif, a-t-on chiffré ce que cette nouvelle filière pourrait engendrer, notamment en termes d’emploi et de création de richesses ?

Enfin, une reconversion des emplois liés à la production nucléaire au profit de la filière de démantèlement, qui supposerait des programmes spécifiques de formation du personnel technique existant, est-elle envisageable? ».

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Barbara Romagnan, rapporteure. « EDF n’envisage pas le coût social. Aujourd’hui, on estime qu’une centrale nucléaire équivaut en moyenne à 1 000 emplois directs. EDF, que nous avons interrogée, a indiqué que, compte tenu de l’importance de son parc, des salariés qui ne pourraient plus travailler sur un site pourraient être embauchés sur un autre. Cette hypothèse n’est pas invraisemblable, mais il existe, à un moment donné, une limite, car il n’est pas absolument certain que chaque réacteur soit remplacé par un autre réacteur. Et, quand bien même on s’engagerait dans la construction de nouveaux réacteurs, ceux-ci seront plus puissants que ceux qui sont en service actuellement. Il n’y aurait donc vraisemblablement pas autant de réacteurs qu’aujourd’hui ».

En ce qui concerne l’idée que le démantèlement pourrait constituer une filière d’excellence en France étant donné notre expertise en matière nucléaire, il y a en effet de quoi être surpris et déçu, aujourd’hui en tout cas. Il y a bien là un créneau d’avenir pour notre pays et particulièrement pour EDF : que l’on choisisse ou non, en France et dans le reste du monde, de conserver le nucléaire, le démantèlement est inévitable et indispensable. Les opérateurs susceptibles de construire cette filière se plaignent d’ailleurs de manquer de la visibilité requise. C’est une véritable limite. Il est difficile de comprendre pourquoi le secteur ne s’est pas davantage saisi de ce dossier.

S’agissant de l’emploi, les opérateurs considèrent que les personnels nécessaires au démantèlement représentent 10 % de ceux qui œuvrent actuellement à l’exploitation. Cette question fait l’objet d’un débat avec l’ASN, car le nombre de personnes qui resteront travailler question fait l’objet d’un débat avec l’ASN, car le nombre de personnes qui resteront travailler sur les sites engage des enjeux de sécurité. Mais nous avons finalement assez peu d’éléments, en dehors du pourcentage que je viens de citer.

Quant à la compensation des emplois que les fermetures vont supprimer sur les sites, on y réfléchit malheureusement assez peu. Nous-mêmes, nous ne nous sommes pas penchés sur ce sujet – bien qu’il soit essentiel, car si le démantèlement n’est vécu que comme entraînant des pertes d’emplois, son acceptabilité sociale est compromise : comment réfléchir sereinement au démantèlement en se disant ‘je perds mon boulot, comment je nourris ma famille’ et si un territoire entier qui vivait de l’activité nucléaire ne peut plus le faire ? Simplement, nous avons limité notre objet à la faisabilité technique et financière du démantèlement en raison des délais qui nous étaient impartis ».

Julien Aubert, président de la mission d’information. « Une question sous-jacente est celle du bassin d’emploi : les gens qui travaillent sur place ont le droit de savoir si, dans dix ans – à supposer qu’ils aient trente ans et débutent leur carrière –, ils devront quitter ce site pour un autre. Cela pose le problème du coût social du démantèlement. Celui-ci n’est pas aussi élevé en France qu’ailleurs, car le grand nombre de réacteurs dont nous disposons permet de réaffecter le personnel. Toutefois, le problème est en France qu’ailleurs car le grand nombre de réacteurs dont nous disposons permet de réaffecter le personnel. Toutefois, le problème est aussi celui des acteurs du démantèlement qui voudraient se préparer, mais à qui l’on n’est pas capable de dire si la première centrale démantelée sera dans le Nord de la France, en Bourgogne ou en PACA, ni quand elle le sera : curieusement, ils vont se positionner sur des marchés extérieurs… ».

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